Quelles conséquences de la Covid-19 sur les défaillances d'entreprises en France ?

Résultats scientifiques

Dans le cadre d’une recherche conjointe avec l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) de Sciences Po et de l’Université de Trento (Italie), des chercheurs du Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG, UMR7321, CNRS / Université Côte d’Azur) et du laboratoire Sciences économiques - Sciences Po (UMR8259, CNRS / Sciences Po Paris) ont étudié l’impact de la crise Covid-19 sur la solvabilité des entreprises à partir d’un échantillon d’un million d’entreprises françaises. L’étude, disponible en ligne, se fonde sur un modèle de simulation où les entreprises minimisent leurs coûts de production dans un contexte de chute brutale de la demande. Dans ce travail, une entreprise est considérée comme insolvable dès lors qu’elle n’est plus capable d’honorer ses engagements auprès de ses employés, de ses fournisseurs, ou de ses partenaires financiers. Plusieurs résultats peuvent être mis en évidence.

La pandémie a un impact important sur la solvabilité des entreprises françaises. La baisse drastique des revenus associée aux mesures de confinement pour contenir l'épidémie, la présence de frictions sur les marchés des facteurs de production et de coûts fixes qui ne s'adaptent pas au niveau de production pèsent sur les ressources liquides des entreprises non financières. Alors quand situation normale, 1,8 % des entreprises connaîtraient des problèmes de solvabilité, cette valeur grimpe immédiatement à 3,2 % en janvier 2021 dans un contexte de crise sanitaire.

Par ailleurs, la crise sanitaire a des effets différenciés par secteur, par taille et par région. Les secteurs de l’hébergement-restauration, les services aux ménages et la construction sont particulièrement exposés aux défaillances d’entreprises. Les entreprises issues des secteurs du commerce et de l’industrie manufacturière sont affectées dans une moindre mesure. Les microentreprises et les grandes entreprises sont également exposées au risque de faillite, alors que les petites ou moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont plus solides. Enfin, le Sud-Est de la France essentiellement et l’Île-de-France dans une moindre mesure devraient enregistrer une augmentation importante de défaillances.

Le dispositif d’activité partielle, mis en place par le gouvernement, a été très efficace pour limiter les défaillances. En prenant en charge une partie de la masse salariale des entreprises, ce dispositif réduit considérablement le nombre d'entreprises insolvables. Sans lui, la part d’entreprises défaillantes serait passée de 3,2 % à 4,4 % en janvier 2021 et 4,6 % un an après le confinement, une valeur deux fois plus importante que celle attendue sans la crise. Sur le million d’entreprises étudiées, ce sont ainsi 12 000 qui sont restées solvables grâce au dispositif d’activité partielle.

Cette crise aura également un impact sur l'efficacité globale du système économique français. En situation de croissance régulière, la capacité du marché à sélectionner les entreprises les plus viables et à écarter du jeu de la concurrence les entreprises les moins productives fonctionne correctement. En situation de crise, en revanche, le mécanisme de sélection se grippe et l’on observe une augmentation systématique de la part des entreprises productives dans la population des entreprises insolvables. Autrement dit, parmi les entreprises exposées au risque de faillite se trouvent des entreprises économiquement viables. Il est vraisemblable que leur fragilité provienne d’un niveau d’endettement initial important augmentant d’autant les coûts fixes ou d’une trésorerie trop faible sanctionnant tout écart de performance.

Il est donc légitime pour les pouvoirs publics d’intervenir directement en proposant des aides aux entreprises les plus viables. Pour éviter des faillites importantes, les chercheurs proposent un mécanisme de contribution aux fonds propres des entreprises en difficulté pour un coût budgétaire de l’ordre de 8 milliards d’euros.

Référence

Guerini M., Nesta L., Ragot X., Schiavo S. 2020, Dynamique des défaillances d'entreprises en France et crise de la Covid-19, Sciences Po, OFCE Policy Brief 73